Le lierre est cette plante grimpante qu’on trouve un peu partout dans nos jardins, sur les murs et les arbres.
Souvent accusé de tous les maux, il traîne une réputation de parasite destructeur qui lui colle à la peau depuis des générations.
Pourtant, les jardiniers et botanistes qui l’observent de près racontent une tout autre histoire.
Alors que beaucoup s’empressent de l’arracher à la première occasion, cette plante rustique pourrait bien être une alliée insoupçonnée de nos écosystèmes.
Voici quatre idées reçues sur le lierre qui méritent d’être revues à la lumière des connaissances actuelles.
Le lierre étouffe-t-il vraiment les arbres ?
C’est sans doute l’accusation la plus répandue : le lierre serait un assassin d’arbres, les étouffant lentement dans son étreinte végétale. Cette idée est si ancrée que beaucoup de propriétaires s’empressent de couper tout lierre grimpant sur leurs arbres.
En réalité, le lierre (Hedera helix) n’est pas un parasite. Contrairement au gui qui s’infiltre dans les tissus de l’arbre pour en prélever la sève, le lierre se contente de grimper en utilisant des crampons adhésifs. Il ne pénètre pas l’écorce et ne prélève aucune substance de son support. Il tire ses nutriments du sol grâce à ses propres racines et réalise sa photosynthèse avec ses propres feuilles.
Le lierre peut même jouer un rôle protecteur :
- Il protège l’écorce des coups de soleil en été
- Il limite les effets du gel en hiver
- Il abrite l’arbre des vents desséchants
La cohabitation entre arbres et lierre existe depuis des millions d’années dans nos forêts naturelles, preuve d’une relation qui n’est pas fondamentalement néfaste. Si un arbre montre des signes de faiblesse, mieux vaut chercher d’autres causes : maladies, champignons, insectes xylophages ou conditions environnementales défavorables.
Le lierre détruit-il les murs et les façades ?
Voilà une autre accusation courante : le lierre dégraderait les murs, s’infiltrerait dans les fissures et provoquerait l’effondrement des structures. Cette crainte pousse de nombreux propriétaires à l’éliminer systématiquement de leurs façades.
Le comportement du lierre dépend largement du type de surface :
| Type de surface | Impact du lierre |
|---|---|
| Murs en pierre solide | Impact minimal, peut même protéger |
| Murs en brique récents et solides | Peu de dégâts si le mortier est en bon état |
| Murs anciens avec mortier friable | Peut aggraver des dégradations existantes |
| Surfaces peintes ou crépies | Peut arracher la peinture ou le crépi lors du retrait |
Le lierre peut même jouer un rôle protecteur pour certains murs en les isolant des intempéries. Une étude de l’Université de Birmingham a montré que les façades couvertes de lierre subissent moins les effets des cycles gel-dégel et sont mieux protégées des pluies acides.
Michel Durand, maçon spécialisé dans la restauration de bâtiments anciens, témoigne : « J’ai vu des murs parfaitement préservés sous d’épaisses couches de lierre centenaire, alors que des murs similaires exposés aux intempéries étaient fortement dégradés. Le problème survient surtout quand on arrache brutalement un lierre ancien, car ses crampons restent incrustés. »
La clé est donc d’évaluer l’état du support avant de laisser le lierre s’y développer. Sur une structure fragile ou déjà fissurée, mieux vaut l’éviter. Sur un mur sain, il peut cohabiter sans problème, à condition de surveiller son développement et de le tailler régulièrement pour dégager les gouttières, fenêtres et toitures.
Le lierre est-il une plante nuisible pour la biodiversité ?
Certains jardiniers considèrent le lierre comme une plante envahissante qui étoufferait les autres végétaux et appauvrirait la biodiversité. Cette vision négative conduit souvent à son éradication systématique.
Les écologistes dressent pourtant un tableau bien différent. Loin d’être un ennemi de la biodiversité, le lierre est en réalité un formidable soutien pour la faune locale, notamment en période hivernale.
Le lierre offre de multiples services écologiques :
- Source de nourriture tardive : ses fleurs s’épanouissent en septembre-octobre, offrant nectar et pollen aux insectes pollinisateurs quand presque toutes les autres plantes ont cessé de fleurir
- Garde-manger hivernal : ses baies mûrissent en fin d’hiver, période critique où les ressources alimentaires sont rares pour les oiseaux
- Refuge permanent : son feuillage persistant abrite de nombreuses espèces d’oiseaux, d’insectes et de petits mammifères toute l’année
En hiver, quand la nourriture se fait rare, les merles, grives, fauvettes et rouges-gorges se nourrissent de ses baies riches en lipides. Les abeilles, bourdons et papillons profitent de ses fleurs tardives pour constituer leurs dernières réserves avant la saison froide.
Loin d’être un désert écologique, un mur ou un arbre couvert de lierre constitue un véritable écosystème vertical. Des études en écologie urbaine ont même démontré que le lierre contribue à atténuer les îlots de chaleur en ville et améliore la qualité de l’air en filtrant certains polluants.
Le lierre est-il toxique et dangereux ?
La réputation de toxicité du lierre est largement répandue. On entend souvent dire que ses feuilles et ses baies sont extrêmement vénéneuses et représentent un danger, particulièrement pour les enfants et les animaux domestiques.
Contrairement aux idées reçues :
- Les cas d’intoxications sévères au lierre sont extrêmement rares
- La plupart des animaux évitent instinctivement de consommer le lierre en grande quantité
- Le simple contact avec la plante ne présente aucun danger (contrairement à d’autres plantes comme la berce du Caucase)
Certaines personnes peuvent néanmoins développer des réactions cutanées au contact prolongé avec la sève du lierre. Ces dermatites de contact restent cependant moins fréquentes et moins sévères que celles provoquées par d’autres plantes comme l’ortie ou le sumac vénéneux.
Il est intéressant de noter que le lierre possède aussi des propriétés médicinales reconnues. Les extraits de lierre sont utilisés dans des médicaments contre la toux et les bronchites, notamment pour leurs propriétés expectorantes. Des recherches récentes explorent même son potentiel anti-inflammatoire et antioxydant.
Comme pour beaucoup de plantes, c’est la dose qui fait le poison. Le lierre mérite d’être traité avec respect, mais sans paranoïa excessive. Une simple sensibilisation des enfants à ne pas porter les feuilles ou les baies à la bouche suffit généralement à prévenir tout risque.
Le lierre, d’ennemi public à allié potentiel
En examinant ces quatre idées reçues, on constate que le lierre ne mérite pas sa mauvaise réputation. Loin d’être un parasite destructeur, il s’agit d’une plante parfaitement adaptée à nos écosystèmes, qui remplit des fonctions écologiques importantes.
Plutôt que de l’éradiquer systématiquement, une approche plus nuancée consiste à le gérer intelligemment :
- Le conserver sur les arbres sains tout en surveillant leur vitalité
- L’utiliser sur les murs solides comme isolation naturelle et habitat pour la faune
- Le tailler régulièrement pour contrôler son expansion et l’empêcher d’atteindre les toitures
- L’intégrer dans nos jardins comme couvre-sol dans les zones ombragées où peu d’autres plantes prospèrent
Dans un contexte de changement climatique et d’effondrement de la biodiversité, le lierre pourrait même devenir un allié précieux. Sa résistance à la sécheresse, sa capacité à rafraîchir l’air ambiant et son rôle de soutien pour la faune en font une plante particulièrement adaptée aux défis écologiques actuels.
Comme le résume Jean Mercier, jardinier-paysagiste spécialisé en écologie : « Le lierre n’est ni bon ni mauvais en soi. C’est un élément de notre patrimoine naturel qui a sa place dans nos écosystèmes. Notre rôle n’est pas de l’éliminer, mais d’apprendre à cohabiter avec lui de façon équilibrée. »
Alors, la prochaine fois que vous verrez du lierre grimper sur un mur ou un arbre, peut-être y porterez-vous un regard différent, plus curieux et plus bienveillant envers cette plante millénaire qui fait partie intégrante de nos paysages.
